La date de la signature du décret de l'Alhambra est on ne peut plus précise : c’est un samedi 31 mars 1492, Chabbath (et vraisemblablement en toute connaissance de cause) que les deux souverains d’Espagne, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon, firent tomber le couperet de l’exil sur la communauté juive.
Les membres de la riche et florissante communauté juive espagnole allaient avoir quatre mois (jusqu'au 31 juillet) pour se décider : soit quitter la terre ibère, tant aimée, et ainsi rester fidèles à leur judaïsme, soit demeurer en Espagne, mais au prix d’une conversion au catholicisme.
Dilemme atroce : l’exil vers l’inconnu ou l’abdication de leur foi.
Certains, incapables de faire un choix, allaient tenter le tout pour le tout : rester, faire semblant de se convertir, mais en secret garder les Mitsvot et continuer de fêter, dans le plus grand secret, les coutumes juives.
Pour ceux-là, Isabelle et Ferdinand allaient créer une Gestapo espagnole, religieuse et fanatique, dirigée par Tomás de Torquemada, Grand Inquisiteur et confesseur privé des souverains.
L’Inquisition, cette police secrète terriblement efficace, se chargerait sous sa houlette de démasquer les coupables et de leur faire payer leur "infidélité" dans les caves de la torture.
La religion de l’amour et de la tolérance a ses limites…
La grande majorité de la communauté juive choisit l’exil, et le peuple d'Israël prit à nouveau les chemins forcés de l’exode, se dispersant à partir de l’été 1492 dans toute l’Europe, principalement au Portugal, en Italie, en Hollande et en Grèce.
Si l’Espagne, vidée de ses plus fins commerçants, de ses têtes pensantes, de ses poètes et de ses hommes de lettres, déclinera économiquement et culturellement à partir de cette date, l’Europe, elle, gagnera en richesse humaine.
Mais deux mois avant la date fatidique du décret d’expulsion des Juifs, en janvier de la même année, un certain Christophe Colomb, aventurier et explorateur génois (que certains historiens pensent juif marrane), réussit à convaincre Isabelle et Ferdinand, de financer son expédition vers des terres nouvelles, (qu’il pensait à tort être “les Indes”.) Ces voyages enrichiraient le royaume en matières premières, en or, en argent et en épices, tant convoités à l’époque.
Les trois navires de Colomb largueront donc les amarres en août 1492, à la même date et sur les mêmes ports que les Juifs expulsés.
Sans le savoir, Isabelle et Ferdinand avaient préparé à l'avance, pour le “peuple honni”, une future issue de secours : l’Amérique deviendra quelques siècles plus tard la principale terre d'accueil des Juifs du monde entier, fuyant pogroms et persécutions.
Ironie de la Providence qui se rit des monarques et de leur vilenie : ils complotent le Mal, et sans le savoir, préparent à leur insu notre future délivrance.
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