Quels sont les parents qui n’ont pas rempli des « petits mots » d’excuse, pour leurs enfants, aux enseignants ? Beaucoup d’entre eux ont été rédigés par complaisance, il est vrai qu’il est difficile de ne pas céder aux pressions de nos chers enfants. Mais nos faiblesses leur rendent-elles service ?

Voici une panoplie de « petits mots » envoyés au corps enseignant : « Monsieur, veuillez excuser mon fils Dan pour son retard, nous sommes rentrés très tard de voyage, il était très fatigué. », « Madame, ma fille Miri n’a pas pu faire ses devoirs, car elle se sentait mal hier. », « Madame, ma fille, ayant dû m’aider à la maison, n’a pas pu réviser son interrogation. »

Des mots d’excuses, des mots d’explication, des mots pour un changement de place en classe, sont échangés journellement dans toutes les écoles. Un point commun caractérise tous ces mots : ils constituent la preuve de la faiblesse de notre génération. Ces mots viennent la plupart du temps « couvrir » l’enfant, justifier pourquoi l’enfant n’a pas pu assumer sa tâche d’écolier. Ce type de courrier doit attirer l’attention des parents, et même celle des enseignants.

Exemples concrets 

Yossef, 11 ans, aîné de la famille, essaie de donner satisfaction ; s’il était moins paresseux, ses résultats seraient bien meilleurs. Souvent, il préfère jouer le soir au lieu d’apprendre ses leçons et faire ses devoirs. Aussi traîne-t-il le matin et arrive-t-il en retard à l'école. Pour s’y présenter, dans tous les cas, il demandera à ses parents de faire un mot d’excuse et ceux-ci s’y soumettront ; ils écriront un mot qui permettra sans mentir vraiment, d’éviter une punition à leur enfant.

Parfois, les devoirs ne sont pas faits et c’est seulement le matin, à la porte, que l’enfant menace : « Sans un mot d’excuse, je ne peux pas rentrer en classe ! » Les parents, acculés, n’ont pas le temps « au scandale » et bien qu’ils n’acceptent pas complètement le principe de ces mots, se trouvent contraints de les écrire. Et ainsi, s’instaure un cycle inéluctable et répétitif de correspondance. 

Les parents savent bien, au fond d’eux-mêmes, qu’ils sont trop indulgents, mais il est important pour eux que leur enfant aille à l’école content. De leur avis, le bien-être de l’enfant est essentiel, même si l’expérience leur a montré que la « force » crée une réaction inverse à celle souhaitée. Entretemps, les parents perdent toute direction d’éducation. Ils savent que ces petits mots signent leur impuissance, mais ils ne veulent pas blesser l’enfant. Ils n’osent pas parler franchement du problème avec l’enseignant, par peur des réactions de l’enfant. C’est l’impasse !

Association parents - école 

L’enfant passe un grand nombre d’heures à l’école, et celle-ci forme sa personnalité. Même si souvent l’établissement refuse de reconnaître sa responsabilité en la matière, il la partage en partie avec les parents. Certes, la majeure partie de la responsabilité repose sur les parents, même s’ils passent moins de temps effectif avec leurs enfants. Aucune forme de pédagogie, même la plus performante ne peut réussir véritablement à long terme, si les parents ne sont pas des associés actifs et vigilants aux côtés des enseignants. Il est tout à fait normal de dialoguer au sujet du projet commun qui représente l’enfant ; parents et établissements ont une responsabilité conjointe.

Attention ! On ne parle à l’établissement que des problèmes qui concernent la scolarité de l’enfant ; les problèmes familiaux internes ne doivent pas sortir du cadre de la maison, et ce dans l’intention de ne pas détériorer l’image de l’enfant face à ses enseignants. Par exemple, si un enfant se comporte bien à l’école et donne satisfaction à ses enseignants, mais qu’à la maison, il se dispute avec ses frères, il n’y a aucune raison d’en parler au corps enseignant. 

Nous ne parlons que de problèmes qui ont des conséquences directes sur la scolarité de l’enfant. Par exemple, un enfant qui dort très tard verra le lendemain son attention altérée. Les parents, qui n’arrivent pas à changer cet état de fait, ont intérêt à faire jouer l’association.

Il faut garder en mémoire que les parents ne voient que la moitié de la photographie et les enseignants, l’autre moitié. Mais si les deux parties avaient la sagesse de rechercher l’autre moitié de la photo, alors de nombreux problèmes disparaîtraient. Quand les retards sont trop répétitifs ou que l’enfant se défile de ses obligations scolaires, si les parents ne peuvent trouver de solution, il faut demander l’aide de l’autre partenaire de l’association. Mais dès qu’on s’engage à réclamer cette aide, il faut être conséquent, sinon on démultiplie les problèmes.

Quand un homme va voir le médecin, il ne craint pas de lui dire tout ce qu’il ressent ; il sait très bien que s’il ne donne pas tous les détails au médecin, son état ne peut qu’empirer. Pourquoi est-il plus facile de parler de son corps que de son âme ? Prenons exemple de la paresse : sa solution n’est pas aisée et la contrainte brutale ne ferait que rajouter à la paresse, son ami : l’entêtement. Mais laisser la paresse s’installer depuis la plus tendre enfance, rendra très difficile la correction de ce défaut par la suite. 

Beaucoup de parents seront d’accord avec moi sur le principe de l’association parents-enseignants, mais dès qu’il s’agit de passer à la pratique, la difficulté de la tâche les effraie. Certains voient de la pudeur dans leur refus de demander de l’aide aux enseignants, d’autres ont peur d’être jugés dans leur rôle de parents. Beaucoup de questions les assaillent : « De quoi vais-je avoir l’air de ne pas pouvoir réussir à lever mon fils le matin ? », « Peut-être va-t-on penser que je suis moi-même paresseux, que je me lève tard ? », « Peut-être va-t-on trouver que je suis laxiste et que je n’ai aucune autorité sur mes enfants ? » Nous pourrions donner encore beaucoup d’exemples !...

Même quand les parents sont prêts à franchir toutes ces étapes, ils se retiennent de parler de peur que leurs propos, et donc leurs faiblesses, ne soient colportés, bien que notre Torah ait codifié déjà dans les lois du Lachon Hara’, ce qui est autorisé à être dit ou non. Aucun enseignant n’a le droit de divulguer ce que les parents lui confient, pas même à un collègue de travail, sauf pour obtenir une aide technique. Il faut créer un climat de confiance où la discrétion est garantie totalement, ce qui ne peut être que constructif pour l’enfant. Alors les parents pourront dialoguer en toute sérénité pour le bien de leur enfant. Nous ne prétendons pas parler, bien entendu, pour tous les enseignants, mais chaque parent doit faire confiance au corps enseignant de l’établissement dans lequel leur enfant étudie.

Quand les parents couvrent leur enfant et ne racontent que la moitié de la situation, ils font office de très bons « public relations », mais n’assument pas pleinement leur rôle d’éducateurs. Il est inutile d'ajouter que cette attitude qui consiste à voiler les problèmes, ne peut que détériorer l’image de l’enfant. Quand un problème se présente, il faut le résoudre même si c’est parfois douloureux ! Le mot d’excuse ne résout pas les difficultés.

Pour une vraie communication

La communication entre l’établissement scolaire et les parents se fait effectivement à l’aide de petits mots. Plus d’une fois, l’enseignant demande à l’élève d’apporter un mot de ses parents ou une autorisation signée. Les parents doivent adopter une ligne de conduite claire et stable quant à l’utilisation de ces « petits mots ».

Par exemple, le matin, à l’heure où tout le monde est pressé, ce n’est pas le moment d’écrire un mot d’excuse, la précipitation peut ouvrir la porte à bien des problèmes. Un petit mot doit être écrit avec réflexion et nécessite toute notre attention. Nos enfants sont ce que nous avons de plus précieux et rien ne doit être fait à la légère !

Il faut savoir qu’un petit mot-alibi est presque une légitimité du mensonge. Même si le petit mot contourne le problème, et n’est pas un vrai mensonge, l’enfant tire la conclusion qu’on peut toujours s’arranger avec la vérité. Au lieu de surmonter le problème, et de le résoudre, le fait de le contourner augmente les symptômes du problème, alors qu’il serait préférable de le déraciner quand il est encore temps. Il faut se rappeler qu’un enfant ne pourra pas toute sa vie utiliser des petits mots.

Une mère m’a rapporté que sa fille, qui était toujours en retard à l’école, lui a encore demandé ce matin-là un mot, que la mère a pris soin de mettre sous enveloppe. Hardie, l’enfant l’a remis à la maîtresse. Celle-ci, après avoir lu le mot de la maman, a décidé de punir l’enfant. En fait, la maman avait écrit : « Ma fille est en retard parce qu’elle s’est couchée tardivement, et n’a pu se lever ce matin à l’heure. Utilisez la méthode de sanction qui conviendra. ».

De cette histoire, nous pouvons tirer deux conclusions :

1/ La vérité doit toujours primer, même si les conséquences seront désagréables.

2/ Un mot ne sert à arranger les problèmes que d’une manière artificielle.

Si nous ne préparons pas les enfants à affronter les problèmes lucidement, ils n’apprendront pas à être responsables de leurs actes, et s’ils n’apprennent pas la responsabilité dans leur « chair » à un âge précoce, alors ils le paieront encore plus cher plus tard. À trop vouloir protéger nos enfants, nous les exposons à beaucoup de difficultés dans l’avenir, alors que notre rôle de parents consiste à les armer pour leur vie future…